Namibie : ce que j’ai laissé là-bas

Paysage désertique en Namibie avec dunes de sable rouge, arbres isolés et montagnes à l’horizon

 

J’ai organisé ce voyage au millimètre. J’ai calculé chaque euro, anticipé chaque piste.  Mais je n’avais pas compris l’essentiel : la Namibie ne m’a pas seulement transporté dans l’espace, elle a déplacé quelque chose en moi. Durablement.

 

Avant de partir, je croyais que le plus dur serait d’organiser la Namibie. J’avais tout faux.

Mon plan de route était mûrement réfléchi. J’étais prêt à vivre quelque chose d’inconnu.

Au final, tout s’est bien déroulé.
Et pourtant, j’avais oublié l’essentiel : la Namibie ne m’a pas seulement fait voyager dans l’espace. Elle a joué avec mes émotions. Intensément. Bien plus que ce à quoi j’étais préparé.

Préconfiguré à l’organisation

Structurés, organisés, coordonnés, planifiés. Tous mes voyages le sont.
Je fais ces choses naturellement, presque instinctivement. Sans effort. Elles sont dans mon ADN.

Avec le temps, j’ai compris pourquoi : anticiper, sécuriser, réduire le stress au minimum. C’est une façon de me créer une bulle de respiration et de sérénité dans un monde souvent trop bruyant.
Comme ces facultés me viennent naturellement, à l’inverse de mon épouse, je prends volontiers en charge l’organisation de nos périples.

50 ans à 8 000 km

Quitter l’Europe pour la première fois.
Poser le pied sur le continent africain.

Ce voyage n’était pas du même calibre que les précédents. L’écart entre ce projet et mes autres destinations était aussi grand que les 8 000 km séparant Bruxelles de Windhoek.

Mon sens de l’organisation était mis à l’épreuve. Je sentais une forme de frilosité intérieure. D’autant plus que ce voyage représentait un investissement conséquent pour les 50 ans de mon épouse. Amoureuse des animaux, je comptais sur le safari d’Etosha pour voir briller des étoiles dans ses yeux.

D’un monde à l’autre

En posant les pieds sur le sol namibien, il ne m’a pas fallu longtemps pour comprendre que ce voyage ne se vivrait pas comme les autres. Pas à l’aéroport,  celui de Windhoek ressemble à tous les aéroports du monde, mais dès la sortie. J’ai senti, plus que compris, que quelque chose allait me bousculer. Extérieurement, bien sûr. Mais surtout intérieurement, émotionnellement.
Et cette intuition s’est confirmée tout au long du voyage.

Un trop-plein d’émotions.

Les premières heures m’ont mis KO. Sans que je comprenne pourquoi. Puis l’évidence est apparue. J’ai dit à mon épouse :
« Ce voyage est très fatigant. C’est trop de chocs successifs. »

Pas le temps de se remettre d’une émotion qu’une autre arrivait déjà.

Et ce rythme, on l’a tenu jusqu’au bout. Jour après jour : une lumière trop forte, des paysages trop immenses, des silences trop profonds, une culture radicalement différente, des rencontres humaines bouleversantes.
J’étais littéralement submergé par des vagues d’émotions, et pourtant, je me sentais terriblement vivant.

L’opportunité de la lenteur

La Namibie est vaste. Pour la traverser, on passe de longues heures au volant. Ses routes et ses pistes exigent vigilance et concentration permanentes. Et pourtant, au cœur de ces espaces infinis, je me suis surpris, à de nombreuses reprises, à me reconnecter à mon être intérieur.
Le vide et la lenteur m’offraient une opportunité rare : celle de me réparer, loin des obligations, loin du bruit de ma vie européenne.

Poussières

Je suis quelqu’un qu’on pourrait ranger dans la catégorie : il vit simplement. Et toute la Namibie, ce que j’ai vu, ressenti, traversé, m’a constamment ramené à cette simplicité.
Mais ces moments face à moi-même, dans ces immensités silencieuses, m’ont aussi rappelé autre chose : ma petitesse. Le grain de poussière que je suis dans cet univers.

Vent et direction

Nous étions deux grains de poussière traversant la Namibie.

Deux personnes marchant sur une dune de sable en Namibie avec leurs ombres

Le rapport d’Isabelle au voyage ressemble à ce grain porté par le vent : elle se laisse emmener, confiante, ouverte à ce qui vient.
Moi, je suis le vent. Je prends ce rôle à cœur. Mais un vent sans direction n’a pas de force. Isabelle est ma direction.

Elle ne m’a jamais reproché un voyage. Et j’ai toujours aimé l’avoir à mes côtés.
Ce périple lointain, intense, chargé d’émotions, ne nous a pas éloignés. Au contraire, il a confirmé quelque chose de simple : nous avançons bien ensemble.

Le voyage, ma croissance.

Lentement, je continue à me découvrir.
Les voyages sont, pour moi, un accélérateur de croissance personnelle.

Il y a à peine dix ans, mes destinations se limitaient à la France, magnifique, certes, mais familière. Puis un jour, je suis monté dans un avion pour Porto, la peur au ventre. J’ai traversé la Manche sans vraiment maîtriser la langue de Shakespeare.
Une à une, j’ai commencé à briser des chaînes invisibles.

Depuis, j’ai parcouru une dizaine de pays européens, en voiture ou en avion. Jusqu’à ce grand saut vers le sud de l’Afrique. Cette fois, ce n’était pas une chaîne que je brisais, mais plusieurs d’un seul mouvement.

Les paysages gigantesques m’ont d’abord coupé le souffle, avant de m’apaiser.
La rencontre d’animaux sauvages m’a rappelé notre fragilité face à la nature.
L’ascension difficile des dunes du désert du Namib m’a confronté à mes limites, tandis que le silence absolu rechargeait mes batteries.

Et puis il y a eu autre chose.

Moi qui cherche à anticiper, à contrôler, à sécuriser, j’ai été confronté à des situations humaines que je ne pouvais ni résoudre ni réparer.
Un jour, au bord d’une route, une maman et sa fille en détresse nous ont demandé des couvertures. Nous n’avions que de l’eau à leur offrir.
Rongé par la culpabilité, j’ai dû accepter une vérité simple : je ne peux pas tout maîtriser.
Ce jour-là, sur cette route, Isabelle et moi avons pleuré en silence.

C’est une leçon difficile. Mais c’est une leçon.

Un retour à deux vitesses

De retour en Europe, les premiers temps, j’avais l’impression d’être habité par deux élans opposés.

Le premier était euphorique.
Je savais que j’avais vécu quelque chose d’exceptionnel. Je me sentais profondément privilégié. Des semaines après, je disais encore à mes proches :
« Je n’en reviens pas d’être allé là-bas. J’ai encore du mal à croire que c’est vrai. »
Comme si je devais me pincer pour vérifier que tout cela avait réellement existé.

Le second était plus trouble.
Il y avait la nostalgie, bien sûr. Mais pas seulement. Ce n’était pas tant l’impression d’avoir rapporté quelque chose de ce voyage. Au contraire. J’avais la sensation d’avoir laissé une part de moi-même là-bas.

Personne seule marchant sur une dune en Namibie

Avec le recul, j’ai compris que la Namibie m’avait d’abord nourri, avant de me frustrer en la quittant.
Une part de moi avait trouvé sa place dans ces éléments simples : le calme, le silence, l’espace, la lenteur, une forme de vie à l’opposé de mon quotidien.

Je ne sais pas encore que faire de cette découverte.

Tout est parti de ces 15 jours en Namibie, que je détaille dans cet itinéraire.

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